Mes cours - 2006-2007ArticlesPhotosForumNewsletterDiscours de Casimir Périer (13/03/1831)La monarchie de Juillet : Discours de Casimir Périer (13/03/1831)
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Introduction : [Accroche :] L’instauration de la monarchie de Juillet se fait dans une ambiguïté sur les orientations du nouveau régime. Si l’alternative entre république et monarchie constitutionnelle est tranchée dès le début d’août 1830, deux tendances continuent de s’affronter parmi les hommes du nouveau régime : ceux qu’on appelle « le Mouvement » penchent en faveur d’une politique de ralliement de la gauche au pouvoir de Louis-Philippe Ier, et ceux qu’on nomme « la Résistance » prônent au contraire une politique conservatrice, se gardant sur sa gauche comme sur sa droite. [Nature, auteur et date du document :] C’est au terme de plus de sept mois d’hésitations que Casimir Périer prononce ce discours devant la Chambre des Députés, le 18 mars 1831. C’est en tous points un discours-programme de la « Résistance ». Casimir Périer (1777-1832), qui a pris la tête du gouvernement le 13 novembre 1831, après le renvoi du banquier Lafitte à la suite de la messe à la mémoire de la duchesse de Berry, est lui aussi banquier. Son père, banquier et industriel de la région de Grenoble, était attaché à Bonaparte puis à Napoléon ; il a notamment contribué à la fondation de la Banque de France le 18 janvier 1800, et à l’émission du franc « Germinal » qui vient remplacer les Assignats, forme de papier-monnaie dont la valeur était en chute libre. Casimir Périer est lui-même devenu soldat dans l’Armée d’Italie, commandée par Napoléon Bonaparte, avant de quitter l’armée en 1801 à la mort de son père. Il reprend alors les affaires familiales (banque, armements maritimes). Il choisit la Restauration en 1814, et en 1822, devient régent de la Banque de France : i.e. il appartient au Conseil d’Administration de celle-ci, composé de banquiers du secteur privé qui garantissent l’institution et la monnaie. Après s’être fait remarquer par une brochure critiquant les emprunts du gouvernement à l’étranger, Périer est élu à la Chambre des députés le 20 septembre 1817, et se classe parmi les opposants au ministère. Il siège au centre-gauche à partir des élections de 1822, et après celles de 1824, mène une opposition déterminée au ministère ultra de Villèle. Sous le ministère plus libéral de Martignac, issu des élections de 1827, il soutient le gouvernement et s’efforce d’améliorer ses relations avec Charles X et la cour. Il retourne dans l’opposition avec la nomination du gouvernement Polignac, signe l’adresse des 221 du 18 mars 1830, qui marque la défiance du parlement à l’égard du ministère, soupçonné de vouloir perpétrer un coup d’Etat. La nature des activités de sa propre banque, tournée vers l’escompte (opération qui consiste pour une banque à prendre sur son propre compte la créance d’un « tireur » sur le débiteur de ce dernier ; la banque remet au tireur la contre-valeur monétaire de la créance, moins une commission et des agios), fait qu’une bonne partie de ses clients sont des commerçants d’importance variable. Ce n’est donc pas un hasard, ou le fait de traditions familiales depuis l’époque de l’Empire, si Casimir Périer fait partie des ténors libéraux du temps de la Restauration : la clientèle de sa banque appartient à la base sociale des libéraux, et Casimir Périer suit les opinions et les intérêts de sa clientèle. Après les ordonnances de Saint-Cloud, il est d’abord hostile à la protestation des journalistes et à l’insurrection, mais navigue entre des tentatives de conciliation avec Charles X et l’accueil des insurgés. Il se rallie en définitive à l’insurrection lorsque les députés libéraux s’efforcent, le 28 juillet 1830, pour manœuvrer son déroulement à leur avantage. Jusqu’au bout, il tergiverse cependant par crainte des débordements révolutionnaires, à l’inverse de Laffitte, qui compte porte à bout de bras le mouvement dans le sens de l’abdication de Charles X et de la transmission du pouvoir à la branche des d’Orléans. Il entre comme ministre sans portefeuille dans le premier gouvernement du nouveau régime, nommé le 11 août 1830, qui contient des partisans des deux tendances. Il le quitte quand Louis-Philippe nomme Laffitte président du conseil le 2 novembre 1830, et donne ainsi le pouvoir au « Mouvement ». Son arrivée à la tête du gouvernement marque la fin de la période d’hésitation politique : les gens du « Mouvement » restent dans l’opposition comme « Opposition dynastique » ou « Gauche dynastique » jusqu’à 1848. Thiers et son parti, au centre-gauche, sont aussi rattachés au « Mouvement », du moins sur la question des nationalités. Dans son ensemble, le « Mouvement » reste en marge du gouvernement pendant l’essentiel de la monarchie de Juillet. Casimir Périer arrive préparé à la présidence du conseil : il avait théorisé un pouvoir quasi-parlementaire, que la Charte de 1830 rend possible et que l’expérience constitutionnelle va mettre en œuvre : un pouvoir qui marginalise le roi et la Chambre des Paris, au bénéfice d’un gouvernement fort, responsable devant la Chambre – ce qu’on a appelé le « système du 13 mars ». Par son discours du 18 mars 1831, il fait part au Parlement des orientations générales de son gouvernement. Ce discours est l’exemple type du caractère « juste-milieu » que prend la monarchie de Juillet, et que résume la formule la plus célèbre (coupée de ce passage) : « Au-dedans, l'ordre sans sacrifice pour la liberté ; au-dehors, la paix sans qu'il en coûte rien à l'honneur. » [Contexte :] Deux thèmes dominent le contexte dans lequel Casimir Périer prononce son discours. a) Le débat autour de
l’interprétation de la Révolution de Juillet et de la Charte de 1830. Par les ordonnances de Saint-Cloud, Charles X a mis le feu à l’insurrection, dans l’espoir que son coup de force passerait facilement en plein été, et après une victoire militaire à Alger. Au contraire, le succès des 3 Glorieuses (27, 28 et 29 juillet 1830) est foudroyant. La Révolution a vu le succès d’une insurrection populaire, dont les options ne se superposent pas à celles majoritaire à la Chambre élue au début juillet, et dominée par les libéraux. D’où le problème : comment faire adopter les solutions constitutionnelles voulues par les libéraux, qui n’ont été qu’une fraction de l’insurrection, et se sont saisis du pouvoir ? Dès le 30 juillet, le débat se fait jour entre Laffitte et les libéraux avancés d’un côté, Périer, Guizot et les libéraux plus conservateurs de l’autre : l’opposition entre « Résistance » et « Mouvement » se fait déjà sentir et ne tarde pas à être résumée sous ces deux noms. Le 7 août, la Charte révisée est adoptée par l’Assemblée. Le 9 août, Louis-Philippe Ier prête serment de fidélité à la Charte. Le 11 août, il nomme un gouvernement dans lequel les deux tendances sont représentées. L’assemblée élue début juillet vote, dans le même mouvement, une disposition qui prélude à la réforme électorale : l’abolition du double-vote et des collèges de département rassemblant le quart le plus riche des votants, pour leur donner une deuxième voix. La réforme électorale est voulue par la plupart des libéraux (et consentie par les plus conservateurs d’entre eux, comme Guizot), et reste en discussion jusqu’au 19 avril 1831. b) Les menaces intérieures et extérieures A l’intérieur, la menace vient de la gauche et de la droite – des républicains et des fidèles de Charles X. A l’extérieur, c’est l’enthousiasme suscité par la révolution de Juillet qui pose problème. 3 mouvements de révolte éclatent en Belgique, en Italie centrale et en Pologne. Louis-Philippe et le parti de la Résistance ont peur de causer une guerre européenne en intervenant ; le parti du Mouvement met en avant la solidarité des Français avec les patriotes européens. [Analyse du texte :] Pour Casimir Périer, la Révolution de Juillet est une Révolution purement politique (l. 1-11) ; et le cabinet qu’il dirige doit avoir pour programme l’ordre, et pour moyen l’imposition de son autorité et le respect de la loi (l. 12-25) ; l’orateur appelle donc à résister à toute tentation révolutionnaire radicale, à l’intérieur comme à l’extérieur (l. 26-fin). [Problématique :] Pour cet homme représentatif du
courant de la Résistance, quel est le sens et quelles sont les limites de la
Révolution de Juillet ? Face à la situation nouvelle créée par le
soulèvement et l’instauration d’un nouveau régime, quelles sont les options
politiques présentes, et les avantages ou les risques relatives à chacune ?
Quelles orientations politiques immédiates Casimir Périer propose-t-il ? [Annonce du plan :] Pour répondre, nous verrons que
pour Casimir Périer, la monarchie de Juillet, régime né dans l’ambiguïté, doit
s’appuyer sur une orientation générale conservatrice, tant en politique
extérieure qu’intérieure, et s’en tenir à des réformes limitées pour en finir
avec la Révolution. I – Un régime né dans
l’ambiguïté A – Les Trois glorieuses, une
révolution accaparée par les libéraux, débouche sur… C’est de l’interprétation de la « Révolution de Juillet » (l.2) que doivent se déduire les orientations du régime ; et pour les libéraux qui ont pris le pouvoir à sa faveur, dont Casimir Périer, l’ambiguïté initiale doit être tranchée dans le sens de la stabilité. Par sa brièveté, mais aussi par intention, « elle n’a point bouleversé l’ordre social, elle n’a touché que l’ordre politique » (l.5-6). Cette alternative nous ramène au déroulement même de cette révolution. Elle est la conséquence d’une sorte de coup d’Etat royal lorsque Charles X rédige dans le plus grand secret avec son président du conseil Jules de Polignac les Ordonnances de Saint-Cloud, conformément à l’article 14 de la Charte de 1814 qui donne au roi le droit de gouverner par ordonnance. Publiées le 25 juillet 1830, celles-ci constituent un véritable coup d’Etat royal contre la Chambre à majorité libérale élue début juillet. « L’ordre politique » en question est la situation qui a permis à Charles X de dissoudre par trois fois l’assemblée, en mars, en mai et à la fin juillet une chambre dont la majorité élue était à chaque fois hostile aux orientations ultras du gouvernement, souhaitées par le souverain et incarnées par le ministère Polignac. Il ne s’agit ni plus, ni moins que d’un divorce entre le souverain et le corps électoral, qui produit une situation institutionnelle ingérable. Les ordonnances de Saint-Cloud sont au nombre de quatre, et ensemble, visent à verrouiller la situation politique pour permettre l’élection d’une majorité qui soit du goût du souverain – c’est-à-dire ultra. La première, ainsi que le demandaient les ultras les plus durs, abolissait la liberté de la presse en rétablissant l’obligation de l’autorisation préalable, délivrée par l’administration avant la création de tout nouveau journal, renouvelable tous les trois mois et révocable à tout moment. La seconde dissolvait la Chambre des députés. La troisième redéfinissait la loi électorale pour retirer du calcul du cens les montants de la patente et de l’impôt sur les portes et fenêtres, les deux contributions les plus importantes pour la bourgeoisie. Cela revenait à faire des notables payant la contribution foncière, réputés plus conservateurs, la base d’une majorité parlementaire ultra effectivement inamovible. La quatrième ordonnance prévoyait de nouvelles élections pour septembre. Ces mesures combinées devaient rendre le pouvoir inaccessible aux libéraux, dont les électeurs se recrutaient massivement dans une bourgeoisie payant tout juste 300 francs de contributions directes, essentiellement sous forme de la patente. Les prodromes des Trois Glorieuses ont lieu le 26 juillet avec une protestation publiée par un groupe de journalistes, dont Adolphe Thiers et le républicain Armand Carrel, contre l’atteinte à la liberté de la presse. Les presses parisiennes sont brisées par la troupe, ce qui paradoxalement précipite les événements. Un double mouvement s’ensuit. D’un côté, les ouvriers typographes, très politisés, constituent le noyau de l’insurrection populaire. L’insurrection éclate le 27 juillet, et faute de renfort et de logistique, les quelques troupes présentes à Paris sont dépassées. Le 29, il est clair que le maintien des Bourbons n’est plus à l’ordre du jour. D’un autre côté, les journalistes soulèvent une agitation politique et s’efforcent d’obtenir l’appui des quelques députés présents à Paris. Les députés réagissent assez tardivement, alors que l’insurrection est en train ; une division sur la solution ultime de la situation se fait jour. Certains (Guizot, Périer) inclinent à maintenir Charles X ou du moins les Bourbon contre des garanties. D’autres, plus radicaux (Laffitte, Thiers) réclament que le duc d’Orléans soit mis sur le trône. A l’extrême-gauche, l’entourage de Lafayette incline pour la république, tout en craignant que celle-ci ne tourne au bain de sang, faute d’une tradition républicaine modérée et décentralisée à l’américaine. Des vieux routiers et des jeunes loups de la politique réussissent bientôt à convaincre, sans grand mal, Louis-Philippe de revendiquer la lieutenance générale du royaume (soit le pouvoir royal par intérim), en attendant qu’on ait modifié la loi pour en faire un roi. Lafayette, qui au terme du soulèvement exerce un véritable magistère d’opinion, donne réellement le pouvoir à Louis-Philippe d’Orléans qui n’inspirait aucun sentiment favorable aux insurgés, en l’embrassant, drapé dans le drapeau tricolore, sous les yeux de ces derniers. Thiers mène également sa propagande dans le même sens en rappelant par voie d’affiche que Louis-Philippe a servi dans les armées de la Révolution. La solution adoptée fait peser un doute durable sur les bénéficiaires de la révolution de Juillet, taxés de « conspirateurs de Juillet » tant sur leur gauche (pour avoir volé la révolution aux républicains) que sur leur droite (lorsque la Chambre se réunit le 7 août, Chateaubriand raille, amer, les menées des conspirateurs). En pratique, la conspiration a été un résultat de l’insurrection. Pour Casimir Périer cependant, il importe de montrer que les droits de la Chambre sont premiers par rapport à ceux des insurgés, et que c’est à elle qu’il revient de déterminer l’interprétation et la portée des Trois Glorieuses. Le premier élément d’interprétation donné est de nature constitutionnelle : la révision de la Charte. B – … La « Charte de
1830 », un texte de conciliation ; lequel aboutit à … Les paramètres d’interprétation sont énoncés brièvement par l’orateur, et formulées dans un vocabulaire de théorie politique bien fait pour répudier toute tentative de rappeler la composante proprement révolutionnaire du soulèvement. Le « principe » (l.2) du nouveau régime tient tout entier dans « la Charte de 1830 » (l.14), qui refonde la monarchie restaurée en 1814 sur un socle plus libéral. La révision de la Charte opère de fait un déplacement très réel du pouvoir au sein des institutions. En premier lieu, son préambule stipule que le roi est souverain par la volonté de la nation : il n’a pas octroyé la charte comme en 1814, mais elle lui est imposée par la Chambre, représentante de la volonté générale. Ainsi disparaissent les symboles de l’ancienne monarchie de droit divin, le « drapeau » (l.26) blanc ; le titre de « roi de France » au profit de celui, plus patriote, de « roi des Français » ; et le sacre, remplacé par la prestation de serment de Louis-Philippe sur la Charte le 9 août 1830 – car c’est bien Louis-Philippe qui est tenu par « le respect de la foi jurée » (l.1). Très pratiquement, le roi perd également le droit d’initier des ordonnances sans la sanction ultérieure du parlement, qui avait permis le coup de force du 25 juillet 1830. La Chambre des pairs perd également de son importance dans cette redistribution des pouvoirs, par l’abolition de la nomination de pairs héréditaires, discutée en 1830 et votée en 1831 : elle devient une chambre qui récompense le mérite individuel et n’a plus de dimension nobiliaire. Ayant ainsi déplacé le centre de gravité du gouvernement dans son interprétation de la Charte, Périer doit trouver un centre de pouvoir fort. Ce centre, c’est le parlement ; mais le parlement est divisé entre deux tendances politiques, et pour assurer la stabilité, l’orateur est amené à mettre en avant le terrain d’entente qui existe entre les uns et les autres. L’un des objets de ce consensus, de ces « perfectionnements réclamés avec tant d’impatience » (l.18-19) est la réforme électorale : celle-ci a déjà été entamée avec l’abolition, dès le mois d’août 1830, du système du double-vote qui permettait au quart le plus riche des votants de voter non seulement dans les collèges d’arrondissement, mais, en plus, dans des collèges de département qui leur étaient réservés et leur donnaient une deuxième voix. La nouvelle loi électorale, largement élaborée sous le cabinet Laffitte, est votée sous le cabinet Périer et a la faveur de l’essentiel de la chambre. L’abaissement du cens électoral de 300 à 200 francs constituait une des revendications principales des libéraux sous la Restauration : ils percevaient que leur clientèle politique se tenait pour l’essentiel dans la tranche entre 200 et 300 francs de cens, et ne parvenait que dans une mesure limitée, à la faveur de l’augmentation progressive des revenus, à atteindre le seuil nécessaire pour voter. Le but de la réforme électorale est de donner une légitimité nouvelle au régime par l’ancrage d’une majorité qui lui soit favorable au parlement ; et dans ce but, de calibrer l’électorat pour obtenir une domination libérale. Au-delà de ce point fondamental de consensus, l’alternative entre les deux grandes options stratégiques du régime reste ouverte. C – … Un parlementarisme fort Périer illustre dans discours l’affaiblissement du pouvoir royal : Louis-Philippe, même au moment d’évoquer la prestation de serment, n’est pas cité. En revanche, le rôle du parlement est bien mis en relief : le nouveau président du conseil insiste sur toutes les « hautes questions législatives » (l.15) « qui lui sont réservées » (l.16-17) et sont donc, d’après son interprétation de la Charte, autant de prérogatives pour la Chambre des députés. Affaiblissant le pouvoir royal et la Chambre des pairs, le système politique issu de la Charte de 1830 crée un parlementarisme fort, qui doit concilier les options représentées entre la gauche et la droite des soutiens au nouveau régime. Pour renforcer le parlement, Périer annonce déjà un moyen privilégié : « la Chambre qui vous succèdera » (l.15-16) est l’annonce de son intention de procéder à de nouvelles élections. De fait, la dissolution a lieu à l’été, et les nouvelles élections, à l’automne 1831, donne une large majorité orléaniste. Jusque là, la légitimité de la Monarchie de Juillet est paradoxale, puisqu’elle dérive du rejet et de l’abdication de Charles X, et du pouvoir pris par l’insurrection. La continuité est incarnée par la Chambre et par l’idée que la Charte n’a été que révisée, mais l’ensemble des dispositions nouvelles ou presque a été adoptée dans une situation d’urgence : un nouveau vote est le moyen de légitimer l’ensemble du régime. C’est aussi un moyen de garantir que l’opinion suit celle des deux tendances orléanistes que Casimir Périer représente, et de fait, la nouvelle majorité émane surtout de la « Résistance ». II – Un conservatisme fondé,
contre les extrêmes, sur l’ordre et le légalisme A – La division des
libéraux : Résistance et Mouvement La domination de la « Résistance » pendant le plus clair de la monarchie de Juillet n’est cependant pas acquise au 18 mars 1831, ce qui explique que Casimir Périer formule ses choix politiques comme l’adoption d’une orientation stratégique parmi les deux qui sont possible. Sans le laisser paraître, Périer bataille constamment contre une autre interprétation de la Révolution de Juillet à l’intérieur même du groupe des députés favorables au nouveau régime. Lorsqu’il entend détenir « le principe du gouvernement qu’elle a fondé » (l.2-3), ou lorsqu’il répudie l’idée de « grande expérience constitutionnelle à tenter » (l.13), il évacue en fait une interprétation alternative et donc une autre stratégie de gouvernement. Trois idées sous-tendent la
répudiation de cette alternative, derrière laquelle se dessine le parti du
« Mouvement ». La première est que ce dernier incline à davantage de
réformes constitutionnelles par « impatience » (l.19) et donc,
à créer malgré lui les conditions de « l’anarchie » (l.5). La
seconde est que la politique du « Mouvement » reproduit la politique
des gouvernements de la Révolution dans ce qu’ils avaient de plus instables. La
troisième est que le « Mouvement » a montré au pouvoir trop de
faiblesse. « L’anarchie », ce n’est rien de moins qu’une référence à la période de la Convention et plus précisément de la Terreur, qui, après l’élection de l’Assemblée au suffrage universel, a produit une représentation nationale radicale et, au bout de quelques mois, une guerre civile. Casimir Périer soupçonne que la volonté du parti du « Mouvement » de maintenir l’élan de la Révolution de Juillet et d’opérer de vastes réformes, avec à terme un élargissement massif du droit de vote, ne soit la source d’une nouvelle instabilité révolutionnaire. Telle qu’elle se dégage du discours de l’orateur, l’alternative au parti de la « Résistance » est extrême : c’est « la violence […] au-dedans » (l.7-8) et la « provocation à l’insurrection populaire » (l.10) à l’extérieur. Les hommes du « Mouvement », et notamment Laffitte qui vient de démissionner de la présidence du conseil, sont tenus suspects par Périer de leurs sympathies avancées, avec tout ce que cela implique : à l’intérieur, une volonté partagée avec les républicains de vouloir régler les comptes des derniers temps de la Restauration ; à l’étranger, le retour à la doctrine de la guerre révolutionnaire (la libération des pays d’Europe de leurs oppresseurs par une nation-guide entrée en révolution), qui a amené les conquêtes des années 1790 et de l’époque napoléonienne, mais qui a vidé le pays de nombreuses richesses. A l’inverse, Périer se montre
désireux de promouvoir un « gouvernement libre mais régulier »
(l.7), fidèle aux traités signés avec les puissances européennes et
fonctionnant sur des institutions stables. Par dessus ses critiques spécifiques contre le « Mouvement » et le cabinet précédent, Périer dénonce des risques bien plus graves pour le régime, et face auxquels il estime que Laffitte a fait preuve de négligence politique. B - Les menaces
intérieures : un régime pris entre deux feux La première catégorie de menace
tient aux partis hostiles au régime, qu’ils soient à l’extrême-gauche ou à
l’extrême-droite. Son discours peut en effet se lire comme une série de mise en
garde contre « toute sédition » (l. 26) initiée par les
républicains et les légitimistes. Sans les nommer, Périer rappelle les affaires
précédentes qui ont ébranlé la confiance du régime en lui-même, et qui, « si
elles se renouvelaient impunément, feraient un jour au gouvernement des ennemis
de tous ceux dont elles compromettraient la situation » (l.29-31). Le
risque n’est pas que politique, il touche à la stabilité de l’économie et, de
là, de la société, car le risque est que l’instabilité politique ne compromette
la croissance économique. C’est pour garantir cette stabilité que Périer
s’efforce de garder le « juste milieu » et d’anticiper le danger que
représente les uns et les autres. A gauche, la menace s’est manifestée à l’occasion du procès des ministres du gouvernement Polignac, condamnés à la réclusion à la perpétuité (et libérés en 1836) à la fin décembre 1830 : un début d’émeute s’ensuit, car les républicains exigeaient la peine de mort. De la droite, le péril s’est manifesté le 14 février 1831, pour la messe en mémoire du duc de Berry qui a rassemblé une foule de fidèles aux Bourbon à l’église Saint-Germain-l’Auxerrois. Un fort ressentiment agite la noblesse provinciale contre le nouveau régime alors que la notabilité qui avait un poste dans l’administration a souvent pris le parti de Louis-Philippe. Ce ressentiment s’exprime par le refus de reconnaître les nouvelles institutions, au motif qu’elles ne sont pas légitimes. Pour Casimir Périer, le critère de légitimité n’est pas le respect de la lignée héréditaire, comme le veulent les légitimiste, mais le recours à des moyens légaux, à l’exclusion de la violence, pour prendre le pouvoir et gouverner : lorsqu’il affirme que « toute sédition est un crime, quelque drapeau qu’elle arbore » (l.26-27), c’est une façon de répudier l’idée qu’un soulèvement légitimiste ne pourrait pas être illégitime, puisqu’il serait mené au nom du roi légitime. On sent ici cependant un certain dépit, commun à nombre d’orléanistes, de voir le personnel politique et la bonne société légitimistes se tenir à l’écart des hommes du nouveau pouvoir. De fait, jusqu’à la tentative d’assassinat perpétrée contre Louis-Philippe en 1835 (une dans une série de 6 tout au long du régime, mais la plus sérieuse) et au durcissement de la politique sécurité à compter de cette date, républicains et légitimistes exercent une pression fréquente et effective par leurs tentatives. Le soulèvement des canuts de Lyon en novembre 1831 a une composante socio-économique primordiale, mais c’est aussi un mouvement républicain. La tentative de débarquement en Vendée de la duchesse de Berry en février 1832, ou l’insurrection républicaine de Paris en juin 1832 (narrée de l’intérieur dans Les Misérables) indiquent le caractère récurrent des tentatives de coup de force contre le régime. Toutefois, Casimir Périer
n’envisage pas la question du renversement du régime seulement d’un point de
vue de police : il y va aussi des libertés publiques. Les républicains,
dont l’histoire ramène le souvenir de la Loi du maximum sous la Terreur, et
dont les soutiens populaires ont des attentes économiques, menacent « la
liberté de l’industrie » (l.33), c’est-à-dire la liberté
d’entreprendre. L’accusation portée contre les légitimistes, celle d’attenter « à
la liberté des cultes » (l.34), reprend au compte du gouvernement les
rumeurs de complot jésuite qui pesaient sur les ministères ultras du temps de
Charles X ; de fait, l’entourage du souverain en exil comptait nombre de
membres de la confrérie laïque des « Chevaliers de la foi », fondée
en 1810 et fortement ultramontaine (favorable à une plus grande influence du
pape sur les affaires de l’Eglise de France), et certains libéraux, comme
Guizot, ont eu à souffrir sous la Restauration de l’action de l’Eglise dans le
sens d’un contrôle intellectuel et d’un étouffement de la liberté
universitaire. Ces deux tendances sont donc « coupables »
(l.29), alors qu’on ne sent pas une telle vindicte au sujet des questions
internationales. C – Les menaces
extérieures : fidélité révolutionnaire ou légitimité internationale ? Si Périer est plus prudent sur ce terrain, c’est qu’il doit composer avec des sympathies qui courent à travers son propre camp, les libéraux. A ses yeux, si le soutien aux révoltes européennes est à éviter, ce n’est pas qu’elles soient illégitimes, mais parce qu’elles seraient désastreuses. Par conséquent, c’est, en France, l’encouragement à leur porter soutien qu’il condamne. Périer se contente d’une formule vague, « au dehors » (l.8 et 9), pour décrire les multiples sollicitations dont la France est l’objet depuis la Révolution de Juillet, de la part des patriotes de diverses régions d’Europe. S’il s’agit de questions qui concernent le « dehors », c’est qu’elles ne sont pas vraiment les affaires de la France, semble-t-il dire à son auditoire. En Belgique, Wallons et Flamands catholiques s’insurgent contre le pouvoir absolutiste du roi protestant de Hollande. Eu égard à la situation géographique de la révolte, Louis-Philippe décide d’apporter le soutien militaire de la France. La Grande-Bretagne, embarrassée par la dérive absolutiste de l’ensemble de l’Europe continentale depuis 1815, décide d’accepter l’indépendance de la Belgique, à condition de ne pas en faire une dépendance française, soit par union avec la France, soit par arrivée sur le trône d’un membre de la famille de Louis-Philippe : un membre de la famille du roi d’Angleterre devient donc roi de Belgique. En Italie centrale, les carbonari et les patriotes en général se révoltent en 1831, notamment en Romagne et en Ombrie, contre le pouvoir des princes Habsbourg qui dirigent les petits états comme Modène ou la Toscane, et contre la papauté. Les révoltes sont écrasées avec l’aide de l’Autriche, qui tient non seulement à conserver son glacis (le Lombardo-Veneto, soit les régions de Milan et de Venise) en Italie du nord contre toute velléité d’unité nationale italienne, mais également à soutenir des dynasties régnantes appartenant à la famille des Habsbourg et se tenant dans l’orbite idéologique contre-révolutionnaire de Vienne. La France ne tient pas à heurter Vienne au nom de l’équilibre européen ; et même s’il se trouve des anticléricaux notoires parmi les soutiens du nouveau régime, dont Thiers, Louis-Philippe n’a aucun intérêt à se créer des difficultés avec l’Eglise catholique, alors que son pouvoir est encore récent et incertain. En Pologne surtout, autour de Varsovie et dans les régions dévolues à la Russie à la suite du dernier partage de la Pologne, une insurrection éclate. Les patriotes polonais demandent l’aide militaire de la France, et peuvent compter sur un capital de sympathie au sein de la gauche française dans son sens le plus large : la Pologne, démembrée par trois puissances identifiées au despotisme pendant la Révolution, et reconstituée autour d’un grand-duché de Varsovie par Napoléon, est la grande cause nationale du XIXe siècle. S’il y a des Etats allemands ou italiens sous tutelle effective, la Pologne, elle, était un vieux pays formellement unifié, qui se retrouve complètement sous l’emprise d’autres peuples. Parmi les orléanistes, Casimir Périer y compris, il est difficile de fermer rigoureusement les yeux sur la question polonaise : cela se voit, sur le mode de la dénégation, lorsqu’il parle, dans ce même discours, de « la paix sans qu'il en coûte rien à l'honneur. » De fait, Casimir Périer ne peut pas concilier les inconciliables, ou la paix européenne et les affinités et solidarités nationales issues de la Révolution. Le problème est que la recréation de la Pologne ne peut se faire qu’au détriment d’Etats qui comptent parmi les principales puissances du concert européen, et les moteurs idéologiques de la Sainte-Alliance. La structure des relations internationales empêche qu’une concession sans contrepartie soit vue autrement que comme un affaiblissement nationale pour la puissance qui la fait ; les trois Etats concernés peuvent donc maintenir collectivement et avec succès le barrage contre l’idée de la restauration de l’Etat polonais, en se refusant à toute mesure unilatérale. La définition de la stratégie de Casimir Périer se pose alors surtout en termes négatifs : refus des insurrections hostiles au régime à l’intérieur, et refus des interventions à l’extérieur si elles risquent de compromettre la position de la France. Il nous faut voir encore son programme effectif, même s’il est abordé de façon beaucoup plus allusive encore. III – Un programme de réformes
limitées pour terminer la Révolution Hormis la question du cens électoral, presque réglée au moment où Casimir Périer s’exprime, deux orientations se dégagent de son discours. A – Assurer la stabilité
politique : le verrouillage institutionnel et administratif La première est résumée par des mots brefs, proférés avec énergie : « De l’action » (l.20), « ordre légal » (l.21), « pouvoir » (l.21), voilà les buts immédiats de son cabinet. Contrairement à ce que ce discours laisser entendre, c’est moins à une politique de répression policière qu’il pense ici (laquelle se fait en fait au coup par coup), qu’à assurer aux orléanistes l’effectivité du pouvoir au sein des institutions et dans l’administration. Le pouvoir au sein des institutions passe par le fait de limiter au maximum les ingérences du roi. Louis-Philippe fait appel à Casimir Périer comme à un homme d’ordre face à des circonstances instables, et ce dernier a négocié au prix fort les conditions de son ministère : outre l’interprétation généralement parlementaire qu’il donne de la Charte de 1830, cela passe par le contrôle rigoureux du président du conseil sur les notes que Louis-Philippe peut faire passer au Moniteur Universel, et par la responsabilité exclusive du président du conseil sur le contenu général dudit Moniteur. Il s’agit tout simplement de dépouiller Louis-Philippe de toute influence sur la législation et le pouvoir législatif. Il ne faut donc pas s’imaginer, sous prétexte que le parti de la « Résistance » domine la monarchie de Juillet, que Louis-Philippe a fait le choix de ce parti contre le « Mouvement » : non seulement un des fils de Louis-Philippe inclinait du côté le plus à gauche du « Mouvement », mais la « Résistance » a effectivement rogné les pouvoirs du roi, qui pourtant aimait le pouvoir. Le deuxième aspect est de
s’assurer que l’administration est aux mains d’hommes favorables au régime. Un
premier tri a été effectué au lendemain des Trois Glorieuses : l’obligation
faite aux fonctionnaires de prêter fidélité au roi Louis-Philippe a conduit
nombre de notables légitimistes à démissionner de la fonction publique par
refus de reconnaître la légitimité du nouveau roi ; des personnalités
libérales, comme Alexis de Tocqueville, ont-elles aussi pu hésiter à prêter
serment, et une partie significative de la noblesse attachée à l’Etat se retire
sur ses terres. Casimir Périer verrouille le système en s’assurant de la
fidélité politique des fonctionnaires, par l’entremise des préfets. De fait, les préfets servent non seulement d’agents administratifs mais aussi, par leur insertion dans la société régionale, d’agents d’influence pour les gouvernements. B – Assurer le « crédit public » (l.37) La fermeté affichée par Casimir Périer vise à rassurer son auditoire ; et son discours est taillé pour rassurer un plus large public, proche de ses idées non par affiliation politique mais par intérêt économique. La « société a besoin » (l.22-23) d’ordre pour garantir le progrès ; et c’est ce fonctionnement complexe de la société française qui attire l’attention de Périer, comme de celle des libéraux à la française en général. Cette « société » est même le concept politique principal de la monarchie de Juillet, qui considère que la nation a été effectivement refondée comme unitaire par la Révolution française, mais que l’ordre social doit être assuré dans sa dimension hiérarchique, pour le bien-être de tous et pour la stabilité de l’ordre politique. Le « crédit public », c’est-à-dire la confiance que les agents économiques ont dans la stabilité du gouvernement, est ce que Laffitte, pourtant banquier mais responsable direct « des embarras et des périls du moment » (l.24-25), a négligé dans ses tergiversations et ses sympathies nationales. Pour rassurer, Périer se fait non seulement homme à poigne, mais aussi banquier. Ce sont les souhaits du monde de
l’économie qu’il entend exprimer en évoquant « le vœu de tous les
intérêts dont la longue souffrance nous afflige profondément » (l.36-37),
« la défiance » (l.24) nuisible à l’économie : ce vocabulaire de
l’intérêt et de la confiance n’est pas un vocabulaire d’ordre, ou de référence
aux institutions, mais il appartient au lexique des hommes d’affaires. La
Révolution de Juillet a produit une instabilité politique au milieu d’une
période de croissance économique soutenue depuis les années 1816-1817. La
question du temps, que pose ici Périer, est de savoir si les troubles
politiques vont remettre en question le développement de l’économie ; afin
qu’il ne s’agisse que d’une péripétie, et que l’économie continue à se bien
porter, il faut de la stabilité politique. Sans cela, « l’alarme et
l’incertitude suspendront toutes les spéculations de l’industrie
particulière » (l.39-40) ; de fait, le choix de deux banquiers
successivement pour diriger le gouvernement manifeste, chez Louis-Philippe, un
sens aigu du besoin de stabilité économique pour la continuité du régime. De
manière générale, la haute banque (les grandes banques familiales qui prêtent
en particulier aux Etats, par opposition aux banques d’affaires) est associée
comme jamais à l’exercice direct du pouvoir sous la monarchie de Juillet, et la
croissance économique repart en effet bientôt. Conclusion : Périer illustre dans ce discours les aspects principaux de l’orléanisme comme libéralisme à la française : un libéralisme héritier de la Révolution française, très attaché aux libertés civiles et à l’égalité en droit, mais prudent, soucieux de stabilité économique et de maintenir un pouvoir gouvernemental fort. A ses yeux, la Révolution de Juillet 1830 a réalisé les objectifs du courant libéral français, parachevant celle de 1789 sans recours à la violence ni instabilité politique, sociale ou économique. L’hypothèque que républicains et légitimistes font peser sur le régime doit être levée, et pour le nouveau président du conseil, cela ne peut pas passer par les ouvertures qu’a fait son prédécesseur du « Mouvement » en direction de la gauche, malgré le poids effectif de cette même gauche lors des Trois Glorieuses. Contre une continuation de la Révolution de Juillet, c’est-à-dire contre un programme de réforme sociale et une poursuite progressive de la démocratisation du régime, Périer entend le fixer dans ses formes présentes, afin notamment de décourager toute politique de la violence et tout appel à la solidarité internationale, au détriment des intérêts de la France en Europe. Pour garantir la stabilité, il entend dans l’immédiat se fonder sur une interprétation parlementaire de la Charte de 1830, qui permettrait au gouvernement de s’affranchir au maximum de la tutelle royale ; sur un contrôle étroit de l’administration ; et sur des encouragements à l’activité économique. Ceci appelle deux remarques. D’une part, Casimir Périer est représentatif d’un courant du libéralisme à la française, mais d’un courant au plus. De fait, les Chambres des députés, sous la monarchie de Juillet, sont très divisées en petits groupes réunis autour d’un homme réellement puissant ; c’est même un caractère permanent de la droite libérale française, héritière de l’orléanisme, que cette capacité à se subdiviser en nombreuses parties. C’est là une conséquence, sans doute, de l’attachement des orléanistes au parlementarisme et donc à la représentation de nuances d’opinion diverses. Il en résulte un positionnement politique complexe. Des hommes comme Périer ou Guizot donnent à l’orléanisme une coloration dominante de droite, et la Révolution de 1848 l’ancre fermement à droite, mais la position rêvée par les orléanistes est le centre : au début des années 1870 encore, les orléanistes se répartissent de part et d’autre du centre, autour de la question centrale de la nature du régime, qui les divise alors. Au final, les tendances du « Mouvement » ont été marginales pendant la monarchie de Juillet, mais elles restent présentes au sein de l’orléanisme, qui ne se résume pas à un conservatisme foncier. D’autre part, Périer est
représentatif d’un courant qui s’efforce d’opérer une stabilisation sur la base
des acquis de la Révolution et de mettre fin à l’enchaînement des révolutions,
régime après régime. C’est une des obsessions des hommes politiques conservateurs
du XIXe que de terminer la Révolution, chose que Napoléon Bonaparte entendait
faire dès 1799 dans sa proclamation du 18 Brumaire. Parmi les hommes politiques
libéraux qui dominent la monarchie de Juillet, on trouve des historiens de la
Révolution, Thiers et Guizot au premier chef, qui rendent compte de cette
obsession dans leur compréhension des événements révolutionnaires : pour
les uns et les autres, il y a une distinction entre une « bonne » et
une mauvaise « révolution », et pour les orléanistes, la limite passe
grossièrement entre avant et après 1792. Le suffrage universel, mode d’élection
de la Convention, et la forme républicaine du régime, voilà ce qui a fait
sauter les garde-fou du système et amené la révolution dans sa phase radicale
et terroriste. Signe de la plasticité des opinions orléanistes : ces mêmes
limites reconnues par tous les orléanistes dans les années 1830 et 1840
constituent dans les années 1870, aux yeux de l’un d’entre eux et non des
moindres, Thiers, « la forme de régime qui nous divise le moins ». Article ajouté le 2006-11-05 , consulté 321 fois CommentairesLiensRetour aux articles |